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Technique
LES ORIGINES D'UN ART MARTIAL
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Le karaté est né sur l'île d'Okinawa, au sud du Japon. Pendant des siècles, marchands, soldats, diplomates et voyageurs venus de Chine y ont importé des techniques de combat et de culture physique. Chinois et Japonais se disputaient l'île et les guerres étaient fréquentes. Dans ce contexte, l'enseignement avait lieu en secret, de maître à disciple. 
A la fin du 19ème siècle, la paix revenue, on dévoila ce savoir ancestral. Ses vertus pédagogiques et physiques n'échappèrent pas aux Japonais dont la société était en plein bouleversement. On décida de l'enseigner dans les écoles d'Okinawa et des experts l'introduisirent au Japon. Quelques années plus tard, les défis entre écoles se multipliant, on organisa les premières compétitions, d'abord au Japon puis dans le monde entier.
Levons le voile sur la longue histoire de notre discipline
(Bibliographie sommaire : Histoire du Japon - Michel Vié - éd. PUF Que sais-je ? ; Tode, les origines du karatedo - Pierre Portocarrero - éd. SEDIREP ; Encyclopédie des arts martiaux - Patrick Lombardo - éd. SEM ; Karatedo l’esprit guerrier - Francis Didier - éd. SEDIREP)
RACINES.

Le Japon n’est pas le berceau du karaté. Cet art martial prend sa source sur le continent asiatique, en Chine. Plusieurs fois millénaire, la civilisation chinoise a élaboré des techniques de combat avec et sans armes ainsi que des exercices thérapeutiques qui ont donné naissance à bien des arts martiaux.
Ces méthodes de culture physique et d’auto-défense ne furent pas l’œuvre d’un seul homme ni même d’un groupe homogène d’individus. Elles se sont développées durant des siècles dans un empire gigantesque. Les experts du nord, près de la Mongolie ou de la Corée, ne pratiquaient pas comme ceux du sud, voisins du Vietnam et de l’Inde : le milieu, les caractères physiques, les mentalités, les conditions politiques influençaient leur recherche.

Par ailleurs, l’enseignement des maîtres de cette époque reculée était imprégné par la pensée bouddhiste et le confucianisme apparus au VI° siècle avant J-C. Les valeurs philosophiques de la culture chinoise, très raffinée, pénétrèrent en profondeur l’art de la guerre.
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VOYAGEURS.

Très tôt, marchands, diplomates et soldats chinois partirent à des milliers de kilomètres de leur pays, sur terre et sur mer. Au X° siècle, ils prenaient pied dans les îles Ryu Kyu, situées entre Taïwan et le Japon, tissant des liens commerciaux et diplomatiques avec les souverains d’Okinawa, la plus grande de l’archipel. Ils trouvaient là entre autres le soufre nécessaire à la fabrication de la poudre. A la fin du XIV° siècle, le commerce et les échanges culturels s’intensifièrent, notamment avec la province du Fukien, au sud-est de la Chine.
Existait-il une méthode de combat propre aux okinawaïens ? Le fait est que nombre des chinois qui fréquentaient l’île pratiquaient les arts martiaux. Les premiers enchaînements qui furent enseignés étaient des tao (kata) transmis par des continentaux ou des okinawaïens d’origine chinoise voire des insulaires ayant séjourné plusieurs années en Chine. 
SECRET.

En ces temps lointains, la vie était mouvementée. Divisé en fiefs rivaux jusqu’alors, l’archipel des Ryu Kyu fut unifié au début du XV° siècle. Le roi Sho Hashi interdisant le port des armes, l’étude du combat à mains nues prit un nouvel essor en même temps que le détournement d’outils et d’ustensiles donnait naissance à de nouvelles techniques. Ces dernières forment les kobudo okinawaïens (bo = bâton, nunchaku = fléau, tonfa = levier, kama = faucille, eku = rame, etc…) par opposition aux kobudo japonais (sabre, lance, arc, etc…).
A cette époque, l’enseignement était très réaliste. Par exemple, les déplacements et les positions des combattants tenaient compte du sol (meuble, dur, glissant) et de l’environnement (jour, nuit, dégagé, encombré). Ces éléments se retrouvent dans la manière d’exécuter les kata.
En 1609, un clan du sud du Japon, les Satsuma, envahit l’archipel. L’enseignement des techniques de combat devint confidentiel. On s’entraînait de nuit, en petit comité, apprenant à désarçonner un cavalier grâce à des coups sautés, durcissant son corps pour affronter des soldats en armure.
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TE.
Jusque là, chaque groupe, chaque « école » gardait sa spécificité. Mais peu à peu, des noms génériques apparurent : Tode, de « de », la main, la technique et « to » le continent, la Chine. Ou encore Kempo, la « méthode du poing ». Les japonais, confrontés sur le terrain à ces savoirs guerriers, parlèrent d’Okinawa te.
De cette époque date la coexistence des terminologies chinoise, okinawaïenne et japonaise. Exemple significatif de ce choc des cultures, un kata, enseigné vers 1760 par un maître chinois nommé Kwang Shang Fu. Son nom finit par désigner l’enchaînement en question. En chinois, son patronyme peut se lire Kushanku, en okinawaïen Kosokun, en japonais Kwanku ou Kanku.
Pour en revenir à la désignation de l’art lui-même, il faut suivre le même chemin. A l’origine, le chinois K’iuan Fa (notre Kung Fu) désignait l’art du poing, la lecture des mêmes idéogrammes par les okinawaïens donna Kempo. Idem pour Tode, prononciation okinawaïenne du chinois T’ang Cheou.
Et le mot Karate alors ? En 1936, le maître Gichin Funakoshi, installé au Japon, changea les idéogrammes anciens, apportant une nouvelle lecture tant sur la forme que sur le fond. Il remplaça To par Kara = vide et ajouta le suffixe Do = la voie. Ainsi naissait le karatedo, la voie de la main vide. Pourquoi ?
La montée du nationalisme nippon dans les années 30, le rejet de tout ce qui pouvait avoir un rapport avec la Chine, alors occupée militairement par les japonais, l’expliquent en partie. D’ailleurs l’ancien nom des kata Pin’an devint à la même époque Heian.
Mais justement, Heian désigne une période pacifique de l’histoire japonaise. De plus, parler de voie (do) plutôt que de technique (jutsu) annonce une recherche plus philosophique, celle d’un homme mûr, fin lettré, issu de l’époque féodale, qui voit la violence aveugle gagner du terrain. Comme la plupart des maîtres de l’époque, il ne pouvait accepter de voir les valeurs éducatives de son art dévoyées. 
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RENAISSANCE.

En 1875, après plus de deux siècles de présence japonaise, Okinawa avait intégré l’organisation administrative nippone en devenant une préfecture. Le Japon sortait du Moyen Age, l’ère Meiji, ouverte en 1868, marquait le début d’une modernisation que rien n’arrêterait.
A Okinawa, la période du secret avait isolé les maîtres d’arts martiaux les uns des autres, appauvrissant les échanges. Trois tendances avaient vu le jour, désignées du nom des localités d’origine : Naha Te, Shuri Te et Tomari Te. Aujourd’hui, Naha, la capitale, a absorbé le village de Shuri et le port de Tomari.

Les maîtres de l’époque s’admiraient, se détestaient ou se jalousaient comme le commun des mortels. Les défis entre écoles ne manquaient pas. L’enseignement reposait principalement sur le kihon (répétition des gestes techniques de base) et les kata (enchaînements codifiés plus savants).
Véritable pierre angulaire de la discipline, les kata dissimulent sous un aspect gymnique rigoureux des techniques d’auto-défense plus ou moins élaborées. On en dénombre de nos jours des dizaines mais seuls 24 kata sont antérieurs au XX° siècle. On les désigne parfois du nom de kata antiques.

Les vertus éducatives de l’Okinawa Te, divulgué peu à peu, n’échappèrent pas aux responsables politiques et administratifs. Dès 1900, le maître Anko Itosu l’introduisit dans les écoles publiques et les lycées.


ENTRE TRADITION & MODERNITE.
Pour faciliter l’apprentissage sans altérer l’héritage ancien, Maître Itosu élabora une pédagogie adaptée au milieu scolaire. Par exemple, il s’inspira des kata Kosokun, Passaï, Jion et Chinto pour créer les cinq petits kata Pinan à l’usage des débutants vers 1905-1907. Par ailleurs, normalisation oblige, un ancien sergent de la jeune armée impériale, Yabu Kentsu, proposa d’adopter une tenue commune, le keikogi blanc, improprement appelé kimono chez nous.
Au-delà du vêtement qui incorpora une ceinture nouée devenue un signe de reconnaissance, l’animation de groupes plus nombreux que par le passé imposa des commandements nouveaux. Ces ordres furent simplement copiés sur les armées prussienne et française dont les instructeurs formaient les troupes nippones !
Ces détails de pure forme ne doivent pas occulter les apports strictement japonais. La religion Shinto et le Bushido, le code d’honneur des Samouraï, ont profondément marqué le passage de l’Okinawa Te vers le monde moderne.
Entre 1914 et 1922, des experts commencèrent à le diffuser au Japon via des démonstrations publiques. Afin de ne pas apparaître pour des brutes aux yeux des japonais, ces émissaires furent choisis en fonction de leur niveau intellectuel autant que technique. Ouvrant des dojo, écrivant des livres, utilisant la photographie, ils révolutionnèrent la tradition. Jusqu’ici, il fallait se faire accepter chez un maître. Désormais, les maîtres allaient vers les élèves.
LES ECOLES MODERNES.

Le Karatedo ne fut jamais l’apanage d’un seul individu. Parmi les experts envoyés au Japon vers 1920, Gichin Funakoshi et Choki Motobu. Le premier, très cultivé, écrivait des poèmes sous le pseudonyme de Shoto = ondulation des pins dans le vent. En 1935, il baptisa son dojo Shoto Kan = la maison de Shoto et sa méthode fut connue sous le nom de Shotokan Ryu (ryu = école). Sa rivalité avec Choki Motobu, plus fruste, était célèbre. Ce dernier restait attaché à l’enseignement rude de la période féodale et prônait le combat à frappes réelles.
Pour se rapprocher au plus près des sensations du combat en minimisant les risques de blessures, on explora dès lors toutes les pistes (protections anatomiques, interdictions des techniques les plus dangereuses, etc…). Ce débat reste vivace.
Après eux arrivèrent Chojun Miyagi et Kenwa Mabuni, fondateurs du Goju Ryu (1929) et du Shito Ryu (1934). La même année, Hironori Ohtsuka, un disciple japonais de Gichin Funakoshi, expert de Ju Jutsu, fondait le Wado Ryu.
L’Okinawa Te s’exporta également dans le Pacifique, notamment à Hawaï (1905) et sur la côte ouest des USA (1920) où naquirent des écoles originales de Kempo.
Pendant cet essor international, d’autres écoles prospéraient à Okinawa : Sukunai Hayashi Ryu, Kobayashi Ryu de Shoshin Chibana, Matsubayashi Ryu de Shoshin Nagamine, Uechi Ryu de Kambun Uechi.
Après l’intermède tragique de la Seconde Guerre Mondiale, le Karatedo reprit son expansion, vers l’Europe d’une part, l’Amérique du Nord de l’autre. Le mouvement s’accéléra avec l’amélioration des moyens de locomotion, le succès du cinéma d’action et l’apparition des compétitions.
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